Bilan prévisionnel: comment le construire facilement?

La rédaction de votre business plan touche à sa fin, la partie financière est bientôt terminée. Après avoir rédigé le compte de résultat, les soldes intermédiaires de gestion, le plan de financement et les flux de trésoreries, il faut s’atteler à la construction du bilan prévisionnel. Mais quelle est son utilité, et surtout, comment le modéliser ?

Bilan prévisionnel pour business plan

1) Le bilan prévisionnel : Un outil comptable et financier

Le bilan prévisionnel est une composante de la partie financière du business plan. La finalité de ce document comptable sera de représenter la situation patrimoniale de l’entreprise à un moment donné, un instant « t » appelé date de clôture de l’exercice comptable. Il permet de vérifier l’équilibre financier de votre projet et d’observer l’évolution de vos chiffres au fil des années. Le bilan donne une vision de la création de valeur de l’entreprise face à ses « financements» au sens large du terme (dettes, investissements, etc). Plus synthétique que les autres types de bilan (bilan comptable ou financier), le bilan prévisionnel permet une lecture rapide et facile des chiffres clés de votre entreprise. Nous pouvons distinguer deux parties distinctes dans ce tableau :

A) Ce que l’entreprise possède (On parle d’emploi, ou « d’actif ») :

Dans cette partie, nous pourrons discerner les éléments dits « identifiables », qui ont une valeur positive pour notre entreprise. Ce sont des biens qui appartiennent à l’entreprise, mais qui ne seront pas consommés directement lors de leur usage (Nous pouvons nous servir d’une voiture plusieurs fois avant de l’emmener à la casse). Nous pourrons trouver divers types de « biens », tels que les immobilisations corporelles, incorporelles ou financières, les créances clients, stocks,

Dans un bilan, les emplois sont habituellement classés par ordre croissant de liquidité : Plus le bien se situe dans la partie inférieure du tableau, plus il est mobilisable en trésorerie (possibilité de le vendre rapidement par exemple) : Les immobilisations se trouveront donc en haut de notre bilan tandis que la trésorerie (caisse, compte courant) se trouvera dans la partie basse.

B) Ce que l’entreprise doit (On parle de ressource, ou « passif ») :

Dans cette partie, nous pourrons observer les éléments ayant une valeur négative pour l’entreprise, telles que les sources de financement. Ces moyens, qui ont été mis à la disposition de l’entreprise par des tiers (investisseurs, banques, associés) devront être remboursés. Nous ne pouvons donc pas les considérer comme une source d’enrichissement pour l’entreprise. Pour illustrer nos propos, nous pouvons citer les capitaux propres, les dettes financières, les découverts bancaires, les crédits fournisseurs, …

Dans un bilan, les ressources sont habituellement classées par ordre croissant d’exigibilité : Plus la dette se situe dans la partie inférieure du tableau, plus elle doit être remboursée rapidement. Le capital de l’entreprise sera donc situé en amont de notre tableau, tandis que les dettes fiscales seront en aval.

A présent, nous allons re-détailler plus précisemment les composantes de l’actif et du passif d’un bilan prévisionnel, dans l’optique de vous aider à construire vos propres tableaux en toute simplicité.

2) Le bilan : Un outil bipolaire

A) Composition de l’actif

Les immobilisations :

Les immobilisations représentent tous les biens qui appartiennent à l’entreprise, et qui serviront à son activité, pour une durée supérieure à 12 mois. Ces biens sont amortis annuellement. Nous pouvons distinguer :

  • Les immobilisations corporelles (machines, mobilier, matériel informatique, véhicules)
  • Les immobilisations incorporelles (licences et brevets, contrats, marques, fonds de commerce)
  • Les immobilisations financières (prêts, actions, cautions, titres)

Les créances clients et stocks :

Ces actifs, contrairement aux immobilisations, disparaissent rapidement de l’entreprise. Nous pouvons retrouver :

  • Les créances clients (avances de l’entreprise à ses clients, factures non encaissées)
  • Les stocks (approvisionnement, matières premières, marchandises, produits finis)

La trésorerie

Nous pouvons discerner deux éléments principaux dans cette catégorie :

  • Les comptes bancaires et fonds de caisse (liquidités utilisables directement par l’entreprise : CB, liquide, etc)
  • Les valeurs mobilières de placement (VMP) : Actifs financiers acquis dans l’optique d’une revente dans un laps de temps très court, ayant pour unique but d'effectuer des plus-values.

B) Composition du passif

Les dettes financières:

Ces dettes découlent des moyens de financement de l’entreprise : Nous observons souvent des prêts auprès des banques ou des marchés financiers, ayant pour objectif de financer des besoins d’exploitation ou d’investissement de l’entreprise.

Les crédits fournisseurs :

Une entreprise obtient généralement des délais (plus ou moins longs) de paiement auprès de ses fournisseurs ; ces dettes sont recensées dans cette catégorie.

Les capitaux propres :

Les capitaux propres de l’entreprise correspondent aux sommes d’argent apportées à la création de l’entreprise par les associés (capital social) auxquelles nous pouvons ajouter les résultats comptables des exercices précédents, et de l’exercice actuel.

Les dettes fiscales et sociales :

Cette catégorie reprend toute les dettes de l’entreprise (hors dettes fournisseurs exposées ci-dessus). Nous pouvons distinguer la TVA due, les impôts (dans leur ensemble), les dettes envers le personnel, les organismes sociaux, etc.

Les découverts bancaires :

Facilités de trésorerie accordées par la banque, qui permettent à l’entreprise d’obtenir une plus grande capacité de financement à court terme (même fonctionnement qu’un compte bancaire personnel).

3) Construction et exemple d'un bilan prévisionnel

Comme expliqué précédemment, le bilan prévisionnel est divisé en 2 parties : L’actif et le passif. Un bilan doit être équilibré, ce qui signifie que l’actif doit être égal au passif. Lors de sa modélisation, n’oubliez pas que les emplois/ressources qui le constituent doivent être classés par ordre de « liquidité », c’est-à-dire que plus un élément est mobilisable à court terme, plus il se situera en bas de bilan. Voici un exemple détaillé d’un bilan prévisionnel tels qu’il apparaitrait dans la partie financière d’un business plan (la partie « calcul » est bien évidemment à supprimer de votre tableau, elle apparait ici à titre indicatif, dans l’unique but de vous aider dans la construction de votre document).

Bilan prévisionnel illustré

A) Bilan prévisionnel de l’entreprise « Bureau Informatique »

Le bilan a été construit grâce à l’exemple de Monsieur Bureau, heureux dirigeant d’une entreprise de matériel informatique dans la région parisienne. Il revend du matériel informatique aux particuliers, mais également aux professionnels. Nous étudierons son bilan de l’année N ligne par ligne. (Les chiffres exposés dans ce tableau ne sont pas issus de données réelles, mais sont inscrits à titre indicatif).

Détails des actifs :

  • La totalité des immobilisations incorporelles de l’entreprise de Monsieur Bureau est chiffrée à 200 000€. Ce chiffre reprend son fonds de commerce, sa marque (Bureau Informatique), ses licences, son site internet, ... Le montant de ses amortissements (amortissement: perte de valeur du bien à cause de l’usure, de l’évolution technique, ou du temps) s’élève à 30 000€.
  • Concernant les immobilisations corporelles, Monsieur Bureau comptabilise un total de 400 000€ de biens. En effet, son magasin étant très design, le mobilier représentait un coût conséquent. De plus il est équipé des dernières technologies informatiques. Monsieur Bureau possède également une flotte de véhicule pour ses employés (essentiellement pour les commerciaux). L’amortissement de ces biens est estimé à 55 000€ par an.
  • Les immobilisations financières, elles, sont estimées à 180 000€. Monsieur Arnaud a décidé d’acheter divers titres pour l’entreprise.
  • Ces données nous permettent finalement d’obtenir le total des immobilisations nettes, également appelées « actif immobilisé » affichant un total de 695 000€.
  • Monsieur Bureau, ne jouissant pas d’une grande surface de stockage, stocke seulement 281 400€ de marchandises dans un petit local non loin de sa boutique. De plus, la majorité de ses commandes étant conséquentes, il reste très proche de son fournisseur qui est très réactif.
  • Etant un homme très confiant, Monsieur Bureau a accordé des créances clients à hauteur de 472 320€ à ses clients, notamment suite à une grosse commande de son partenaire historique.
  • Enfin, notre dirigeant traumatisé par la crise de 2008, préfère disposer de fortes liquidités en cas de problème économique majeur. Il possède 1 265 550€ de fonds disponibles à l’usage sur les comptes bancaires de l’entreprise.
  • Ces 3 dernières données nous permettent de calculer « l’actif circulant » de son entreprise à l’année N, qui s’élève à 2 019 270€.
  • Nous pouvons à présent obtenir la totalité de ses actifs, en additionnant simplement l’actif circulant et l’actif immobilisé de notre tableau. Nous obtenons la somme de 2 714 270€.

Détails du passif :

  • Fort d’une première expérience en entrepreneuriat très fructueuse, monsieur Bureau a injecté 370 000€ à l’ouverture de son entreprise en capital social, lui permettant également d’obtenir une réduction d’impôt sur son revenu, avantage clé de ce type d’apport.
  • Le résultat à la date de clôture de l’exercice comptable est estimé à 699 930€.
  • Cela nous permet d’obtenir le total des capitaux propres de l’entreprise de Monsieur Bureau en additionnant les deux données : Nous obtenons une somme de 1 069 903€.
  • Concernant les emprunts, notre chef d’entreprise a dû solliciter des banquiers pour un montant de 697 340€, dans le but de lancer son activité.
  • Monsieur Bureau, que l’on connait comme quelqu’un de très prudent, a également apporté 200 000€ en « compte courant ». Cette somme reste récupérable à tout moment à l’unique condition que la santé financière de l’entreprise le permette.
  • Les dettes fournisseurs de l’entreprise s’élèvent à 259 040€ suite à une grosse commande de matériel dernier cri chez une marque très célèbre.
  • Notre dirigeant doit également payer 59 680€ aux organismes sociaux. Il doit notamment payer ses cotisations patronales d’assurances sociales.
  • Monsieur Bureau a également collecté un total de 57 120€ de TVA. Il doit également payer la somme de 41 270€ de cette même taxe, suite à l’achat du matériel dernier cri chez la marque célèbre d’informatique.
  • L’impôt sur les sociétés de l’année N s’élève à 245 100€.
  • Enfin, d’autres dettes fiscales (emprunts participatifs, dépôts et cautionnements reçus dans le cas de Monsieur Bureau) s’élèvent à 84 790€.
  • Ces dernières données nous permettent d’obtenir les dettes de l’entreprise « Bureau Informatique » qui s’élèvent à 1 644 340€.
  • La somme des dettes et capitaux propres de la société nous donne le total du passif, qui est de 2 714 270€, chiffre égal au total de l’actif, et qui confirme donc que la comptabilité de l’entreprise de Monsieur Bureau est bien tenue.

Si à l’issue de la rédaction de votre bilan le total de l’actif n’est pas égal au total du passif, il faudra revérifier vos calculs ligne par ligne, afin de déceler l’erreur qui fausse votre tableau.


4) Le bilan prévisionnel : Quelle utilité finale ?

Ce travail vous permettra dans un premier temps de vérifier si votre bilan est sein « financièrement parlant » : Généralement, une entreprise va financer ses biens les moins liquides avec des dettes à long terme, et ses biens les plus liquides avec les dettes les plus courtes. Une machine amortissable sur plusieurs années sera financée par des apports en capitaux, tandis que les stocks, ou les créances clients seront financés grâce aux dettes fournisseurs.

Ce mécanisme permet également d’introduire les notions de besoin en fonds de roulement (BFR), fonds de roulement net global (FRNG), et trésorerie nette. Ce sont des ratios important du business plan, appréciés par les investisseurs et banquiers.

  • BFR = stocks + créances clients – dettes fournisseurs

Il permet de donner une représentation des besoins de financement à court terme d’une entreprise, résultant des décalages de flux de trésorerie dus aux encaissements et décaissements de l’activité.

  • FRNG = capital social + réserves + résultat + dettes financières > 1 an + amortissements cumulés – immobilisations brutes

Il permet de calculer le « matelas de sécurité » que possède une entreprise, en d’autres termes ses ressources qualifiées de stables. Ce ratio permet de prévenir un défaut de paiement d’un client, ou une diminution des ventes futures.

  • Trésorerie nette = FRNG – BFR

Elle représente l’ensemble des sommes d’argent mobilisables à court terme par l’entreprise.

Comme vous l’avez compris, le bilan est un élément important du business plan. Il peut permettre aux investisseurs ou banquiers d’apprécier la santé et la structure financière de votre entreprise, mais surtout d’obtenir des détails sur sa construction. Cela permettra  aux sources d'investissement d’affiner leurs avis sur un éventuel financement / refinancement de votre entreprise. Le bilan prévisionnel est également d’une grande utilité pour le dirigeant d’entreprise, car il lui permet de vérifier si l’équilibre financier est bien respecté. Ce document est à mettre en parallèle du compte de résultat prévisionnel, des soldes intermédiaires de gestion, du plan de financement prévisionnel, ainsi que des flux de trésorerie dans la partie financière de votre plan d’affaire pour augmenter votre crédibilité, et ainsi augmenter vos chances de financement.

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