Bar à animaux: le meilleur ami des gérants?

Publie le 03 Août 2017 12:53

 

Bar à chats, à chiens, mais aussi bars à serpents à Lyon et bars à hérissons ou hiboux à Tokyo ! Les bars à animaux sont la tendance phare du secteur de la restauration ces dernières années – une idée qui a germé en Corée du Sud, mais qui est devenue un phénomène au Japon. Aujourd’hui, c’est l’Europe et les Etats-Unis qui sont conquis : le premier bar à chat a ouvert en 2013 en France, le premier bar à chien en 2016, et l’ouverture du premier bar à chien de New York par exemple est prévu pour la fin 2017. Le concept est tout à fait atypique dans le milieu : charges, produits, public cible… Différents paramètres sont à repenser pour évaluer la profitabilité d’un tel projet. Alors, bars à animaux, vraie opportunité ou fausse bonne idée ?


Pourquoi se lancer?


Les raisons d’un tel succès sont nombreuses. Là où le phénomène a grandi, au Japon, c’est avant tout la densité de population qui explique que de plus en plus de gens aient fréquenté les bars à animaux. En effet, à Tokyo, vivre dans un appartement de 5 m² n’est pas impossible… Accueillir un animal dans ces conditions est donc difficile. Les bars à animaux permettent à ces gens-là de passer tout de même du temps avec les animaux. Une opportunité sans équivalent, notamment pour les personnes en manque d’affection. Le café Waf, à Lille, a par exemple pour volonté de « réunir des humains en manque d’affection canine et des chiens en manque d’affection humaine ». Car les autres grands gagnants du phénomène sont en théorie les animaux : souvent issus de refuges, ils y sont chez eux, dorlotés à longueur de journée. Les clients sont gagnants, les animaux sont gagnants… Mais qu’en est-il des gérants ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment se lancer?


La première question à se poser, c’est de savoir s’il est facile d’ouvrir un bar à animaux. Sans surprise, les formalités administratives et autres mesures d’hygiène à respecter sont plus nombreuses que si vous ouvriez un bar « normal ». En effet, l’activité exercée est, au regard de la loi, une activité de « présentation de chats au public, à des fins commerciales ». A cet égard, il vous faudra obtenir une des trois certifications spécifiques au traitement des animaux dans un cadre professionnel pour concrétiser votre projet : la certification professionnelle, une formation dans un établissement agréé par le ministère de l’Agriculture, ou un certificat de capacité.


Ensuite, il vous faudra démontrer que votre établissement, du point de vue des infrastructures, est conforme aux règles sanitaires de protection des animaux, conformément au code rural et de la pêche maritime et à l’arrêté du 3 avril 2014. Ce dernier est le cadre réglementaire « fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques ». Par exemple, il faudra distinguer la pièce dans laquelle les clients commanderont les boissons de la pièce dans laquelle ils les consommeront en compagnie des animaux.

Enfin, il vous faudra penser à certaines formalités spécifiques, à commencer par l’assurance. D’une part, vos animaux doivent être assurés, et d’autre part, il faut prévoir une assurance pour les accidents qu’ils pourraient causer – incluse a priori dans votre responsabilité civile professionnelle.


Une vraie bonne idée ?


Sur le papier, ouvrir un bar à animaux paraît être une excellente idée. Comme dit plus haut, le concept séduit les clients, et il a également tout pour plaire aux gérants. Le marché est important, mais le phénomène touche un public cible assez spécifique pour faire de votre concept un critère radicalement différenciant dans l’offre des bars et cafés. En plus d’attirer les curieux, vous n’aurez donc aucun mal à fidéliser une clientèle susceptible de s’attacher aux animaux – au point d’ailleurs de passer beaucoup de temps chez vous.  Une bonne nouvelle pour vous, à condition que ces clients là consomment ! D’où la solution préconisée par le café Waf : un prix à l’entrée, puis un accès aux boissons (thé, café et sirops) en illimité.


Dans la réalité, plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour éviter de connaître le sort du Café des Chats, premier bar à chats de France, qui a fermé ses portes en 2016. « Nous avons été placés en redressement judiciaire. Les dépenses étaient supérieures aux recettes », explique la gérante, Margaux Gandelon. Pourtant, tout avait commencé pour le mieux : 35 000 euros récoltés par crowdfunding, l’appui de la SPA et un certain engouement médiatique ont permis au projet de tenir trois ans. Mais un bar à animaux induit des coûts supplémentaires à prévoir impérativement dans votre business plan.

Certains facteurs indépendants de votre volonté pourraient aussi nuire à la prospérité du projet, car qui dit engouement médiatique et populaire dit aussi intervention d’acteurs extérieurs, comme les institutions et les associations de protection des animaux.  Au Japon par exemple, une loi votée il y a peu sous la pression de ces dernières oblige les Neko-cafés (cafés chats, littéralement) à fermer à 20h. Or, selon certains gérants, 80% de la clientèle est composée de salariés qui viennent après leur journée de travail. La loi, qui pourrait donc provoquer la faillite de nombreux bar à animaux, a été votée en raison de l’exposition à la lumière intense des animaux enfermés dans des cages en verre. A vous donc de garantir un traitement humain et éthique des animaux, et à bien formuler vos hypothèses financières, pour faire de votre projet une vraie bonne idée.

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