"Cash is King" pour les start up

Publie le 23 Mars 2016 18:05

La valorisation d'une start-up n'est jamais simple, les données financières à disposition sont peu nombreuses et les entreprises comparables sont difficiles à trouver. Néanmoins, quand vous présentez votre business plan à des investisseurs, vous devez donner une valeur à votre entreprise.

Existe t-il des méthodes fiables de valorisation ? Faut-il incure des éléments extra-financiers ? Lesquels ? Quelles sont les attentes des investisseurs pour les startups ? On a posé toutes ces questions à Eric Picarle, associé chez BDO France, 5e réseau mondial d'audit et de conseil.

Les méthodes de valorisation

 

 

 

 

 

 

 

 

Investi dans l’écosystème entrepreneurial et convaincu du potentiel des entrepreneurs français, Eric Picarle s’est spécialisé dans le financement. Il a notamment créé et animé un MOOC dédié à cette thématique et participé à la rédaction d’ouvrages de référence avec le Conseil Supérieur de l’Ordre des experts-comptables. Son dernier ouvrage, « Le guide du financement » à paraître en avril 2016, reprendra la thématique du business plan et de la levée de fonds.

 

Aucune méthode miracle pour valoriser une startup

Le choix d'une méthode de valorisation dépend avant tout de la maturité de la start-up. Un projet early-stage, par exemple, sera difficile à valoriser avec les méthodes classiques (DCF et comparables).

Le DCF, aussi pertinentes soient les hypothèses du business plan, ne reposera sur aucune réalité historique. Quant aux comparables, quelle force lui donner tant les projets early-stage sont différents les uns des autres ?

Il n’y a donc pas de méthode universelle ; mais rappelez-vous qu’à défaut de se baser sur des éléments tangibles, la valorisation se basera énormément sur des éléments extra-financier.

 

La méthode des DCF

Pour une jeune pousse, l’avantage du DCF est qu’il reposera sur un business plan taillé sur mesure.

Chaque start-up l’aura construit en fonction de son business model (qui sont parfois très particuliers sur certains projets).

Les inconvénients sont multiples et reposent essentiellement sur la fiabilité d’un business plan dont les agrégats (CA, nombre d’utilisateurs, volume de traffic, etc…) sont le fruit d’hypothèses généralement très optimistes, et qui d’après notre expérience ne se concrétisent pas toujours. De plus, cette méthode qui est basée sur la génération de cash-flow n’est pas adaptée pour certains projets qui n’ont pas vocation à générer du cash à court-moyen terme.

 

La méthode des comparables

La méthode des comparables, qui consiste à regarder combien a été valorisé une entreprise ou un panel d’entreprises similaires dans le cadre d’une transaction/levée de fonds, a le grand avantage de proposer une valeur de marché.

S’agissant des start-up, cette méthode qui a fait ses preuves pour des activités traditionnelles et matures a le grand désavantage de son principe même ! Il y a en effet peu de chance qu’une start-up avec un projet similaire ai déjà fait l’objet d’une valorisation validée par levée/transaction, ou alors c’est peut-être que vous avez une longueur de retard !

Quoi qu’il en soit, si vous êtes dans cette configuration, la méthode et le prix de valorisation acté par le marché vous servira de repère.
En tout état de cause, rappelez-vous que la valeur n’est pas le prix. L’évaluation n’est pas une science exacte, c’est une science « molle ». Un évaluateur n’est, sauf exception, jamais indépendant et son travail (ses hypothèses) peut être différent suivant le côté où il se situe. 


Les attentes de l'investisseur

De manière générale tout investisseur cherche à rentrer au bon prix, au prix du marché. Mais là encore, tout dépend du marché sur lequel l’investisseur se situe et de sa nature. Les investisseurs love-money (proches, amis) n’auront  pas les mêmes attentes qu’un fond de capital risque, qui lui-même n’aura pas les mêmes attentes qu’un fond de développement ou de dette. D’un fonds à l’autre, la valeur peut aussi varier selon des éléments endogènes tels que sa connaissance du secteur, la nature de ses autres participations etc.  

 

Quels éléments extra-financiers pour valoriser sa startup ?

Pour des start-ups qui n’ont pas encore fait la preuve du succès de leur projet on peut inclure des éléments extra financiers dans la valorisation

La qualité du projet, la maturité et la maîtrise d’une technologie, l’expérience de l’équipe, l’actualité et la taille du marché, l’engouement qu’a déjà créé la start-up sont des éléments auxquels on accorde une grande importance.


3 erreurs à éviter absolument

  1. Une valorisation trop optimiste : un business plan présentant une surévaluation du CA (ex : le CA vis-à-vis de la taille du marché est trop important / objectivement inatteignable),  sous évaluation des charges (ex : manque de commerciaux / de marketing) car tout  décalage apparaitra tôt ou tard et devra être expliqué (pensez ici aux conditions d’investissements auxquelles vous avez adhéré). -
  2. Se baser uniquement sur les chiffres : plus le projet est early-stage, plus la valeur se trouve dans l’équipe qui porte le projet. 
  3. Ou alors uniquement sur les chiffres financiers : certains projets peuvent avoir un business model non rentable pendant une longue période et être de vraies pépites passé un délai de R&D, de captation d’utilisateurs, etc…  


Le mot de la fin

S’il y a bien des risques que court l’entrepreneur en lançant et développant son entreprise, celui du financement en est un souvent mortel : cash is king n’est pas une formule en l’air, et quand il s’agit de croître, trouver des fonds est tout aussi décisif.

Risque parfois sous-estimé, la problématique du financement est aussi également l’objet de malentendus ou d’ignorance pour les non-initiés.   

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