Réussir son prévisionnel pour ouvrir une crêperie

Publie le 26 Juin 2017 12:16

Le prévisionnel financier est un document financier à caractère comptable et stratégique, dont la finalité est d’être présenté à des interlocuteurs pouvant potentiellement contribuer au projet. L’objectif est d’évaluer les enjeux financiers de la création d’une entreprise sur 3 à 5 ans, avec un double intérêt. D’une part, pour le(s) porteur(s) de projet, le prévisionnel permet de solliciter une demande de financement après avoir évalué ses (leurs) besoins et de vérifier que le projet est effectivement viable. D’autre part, pour les potentiels investisseurs, il s’agit de prendre connaissance de la dimension du projet et des risques financiers qu’elle implique. Le cas qui va nous intéresser est celui de Nicolas, qui veut ouvrir une crêperie: comment établir un prévisionnel qui permette à son projet de voir le jour?

prévisionnel pour une crêperie

 

LES BESOINS DE FINANCEMENT

Le prévisionnel doit tout d’abord décrire les besoins de financement du projet sur 3 à 5 ans – c’est même l’intérêt premier de ce document voué à être présenté à des investisseurs. Ces besoins découlent des investissements nécessaires (corporels, incorporels ou financiers) et du besoin en fonds de roulement, et doivent remplir une condition : être permanents. Il faut donc y répondre par des ressources également permanentes, parmi lesquelles le capital, les emprunts, la capacité d’autofinancement et le compte courant d’associés (CCA) reviennent le plus souvent. On en déduit un plan de financement, souvent présenté en conclusion du prévisionnel, pour permettre aux investisseurs de trancher si le projet qui leur est présenté est viable ou non.
Dans le projet de Nicolas, les besoins financiers permanents à la genèse du projet incluent l’achat de matériel, les frais de constitutions et affiliés (honoraires, taxes…), les besoins en fond de roulement pour le stock de départ, les éventuels travaux liés à l’agencement ou la mise aux normes… auxquels il faut répondre par des ressources elles aussi durables : les apports, les subventions et évidemment (c’est ce qui nous intéresse) les emprunts. Dans le cas d’une crêperie, les coûts de création ne sont pas aussi élevés que ceux de la concurrence indirecte (autres restaurants), mais il reste à évaluer les coûts des locaux, qu'ils soient loués ou acquis, et les coûts supplémentaires que cette décision induira les années suivantes.

LE PLAN DE TRESORERIE

Dans le plan de trésorerie, il s’agit en particulier d’établir des prévisions qui soient réalistes et rigoureuses. Ici aussi, l’objectif est double, puisque ce document permet aussi bien de réaliser un prévisionnel financier reposant sur des données clairement établies, que d’évaluer la trésorerie, mois après mois, au lancement de l’activité. Cette étape est fondamentale, que ce soit en cas de difficultés qui peuvent induire un manque de trésorerie (baisse du chiffre d’affaire, client douteux...), qu’en cas de bonne conjoncture, et donc potentiellement de besoins plus importants.
Pour Nicolas, il s’agit dès lors d’être rigoureux dans la prévision des coûts et produits d’exploitation, en se reposant notamment sur une évaluation réaliste de la demande potentielle – d’où l’importance de réaliser soi-même une étude de marché que l’on fournira avec le business plan. Cette étude doit permettre de justifier les prévision et leur évolution en termes de plats vendus, de panier moyen et de marge à appliquer en fonction de la concurrence et autres données telles que l'emplacement géographique, la taille des locaux ou la communication par exemple. En parallèle, Nicolas doit évaluer les coûts liés à son activité, en contactant des fournisseurs de sarrasin, oeufs, lait et autres ingrédients nécessaires, qu'il va ajouter aux coûts fixes . Parmi ceux-là, les charges salariales, qu'il devra justifier par ses prévisions, vont représenter dans le cas de Nicolas un poste de budget important.

LE COMPTE DE RESULTAT

Le plan de trésorerie est d’autant plus important qu’en découle le compte de résultat, qui doit être présenté pour chaque année évaluée. Ce document présente les charges et les produits, qui permettent d’évaluer le chiffre d’affaire, puis le bénéfice de l’entreprise. En particulier, c’est leur évolution dans le temps qui est importante, car elle permet de prévoir si le projet est effectivement viable. Il s’agit moins d’être devin et de prévoir à la décimale près le chiffre d’affaires la quatrième année, que de fournir des données réalistes et justifiables face aux investisseurs. Pour cela, Nicolas doit rester cohérent et donc s'appuyer sur les mêmes hypothèses que pour le plan de trésorerie, puis en déduire son seuil de rentabilité exprimé en nombre de crêpes vendues ou en nombre de clients, étape essentielle du prévisionnel.

LES AUTRES TABLEAUX

Le prévisionnel comprend d’autre tableaux financiers parmi lesquels le bilan initial et le bilan final, présentant l’actif et le passif de l’entreprise, mais leur présentation n’est pas systématique dans un dossier financier. Le bilan permet toutefois de lister clairement les besoins (à l'actif) et les ressources disponibles (au passif) pour y répondre - d’où son importance.
Les tableaux d’amortissement, qui découlent des investissements explicités dans le plan de financement et d’une décision de l’entreprise quant à la nature et la durée du dit amortissement, peuvent également être présentés. Dans le cas de la crêperie, Nicolas va-t-il décider d’amortir le matériel linéairement ou en fonction de son utilisation ? Au bout de combien de temps doit-il le changer ? Ce sont des questions dont il faudra également justifier les réponses.

En guise de conclusion, que retenir pour réussir le prévisionnel qui permettra à un projet de voir le jour ? Il faut que vous ayez des hypothèses claires, qui ne soient pas surestimées et que vous pourrez justifier. Privilégiez pour cela une approche micro-macro : partez de vos décisions, et déduisez-en vos résultats financiers, et non l’inverse – et pour prendre ces décisions, utilisez des ratios qui soient clairs et adaptés: en particulier, montrez clairement quel sera le retour sur investissement (ROI) de votre projet. Enfin, présentez un document qui soit lisible et compréhensible, aussi simple que possible, en s’adaptant au besoin à vos interlocuteurs. En résumé, gardez en tête ces cinq principes : justification, simplicité, cohérence, démonstration et adaptation.

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