DCF ? Multiples ? Quelle méthode choisir pour valoriser sa société ?

Publie le 24 Juillet 2016 09:38

Besoin d'une levée de fonds de 500 000€ pour développer votre activité ? Pas le choix, il va falloir valoriser votre entreprise pour savoir quelle part vous donnerez aux investisseurs. Vaut-il mieux utiliser la méthode des DCF ou des comparables ?

Valoriser par DCF ou par les multiples

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu'est-ce que la valorisation d'une entreprise ?

A) DEFINITION DE LA VALORISATION

La valorisation d'une entreprise consiste à déterminer la valeur de votre entreprise à un moment donné. Cela correspond à son prix sur le marché dans le cas d'une revente. La valorisation repose donc sur les données comptables à disposition et les prévisions de croissance et de développement de l’entreprise. La valorisation sera d'autant plus précise que les données financières seront nombreuses. Une start-up qui n'en est qu'à ses balbutiements aura ainsi beaucoup plus de difficultés à déterminer la valeur de sa société qu'une entreprise déjà bien établie.

B) DEUX METHODES CONNUES : DCF ET MULTIPLES

Il existe deux principales méthodes (mais non les seules) pour valoriser son entreprise :

  • La méthode des Discounted Cash-Flow (DCF)
  • La méthode dite des multiples

Ces deux approches s'appuient sur des données financières et des calculs différents. L'enjeu de la valorisation est de savoir quelle méthode appliquer selon l'entreprise et le contexte de sa valorisation (levée de fonds, entrée en bourse, arrivée d'actionnaires,...)

 

Valorisation par la méthode des DCF

Principe de base

Dans cette méthode, on considère que la valeur de l'entreprise à un instant t est égale à l'actualisation de tous ses flux de trésorerie futurs attendus.

Qu'est-ce que l'actualisation ? La valeur d'un flux de trésorerie dépend de la date à laquelle il a été réalisé. En effet, 1€ aujourd'hui vaut plus qu'1€ dans 10 ans. L'actualisation permet de ramener tous les flux de trésorerie futurs à leur valeur réelle à la même date (celle de la valorisation) pour pouvoir les additionner.


Exemple 

Pourquoi actualise-t-on les flux. Cela repose sur le principe suivant. Si vous avez 100€ aujourd'hui, vous pouvez le placer à un certain taux sur un compte (par exemple 4%). Dans ce cas, dans un an, vos 100€ vaudront 104€. Dans 2 ans, ils vaudront 104*(1+4%) = 108.16 etc.. 

Inversement, combien valent du coup aujourd'hui 100€ dans 2 ans ? La réponse : 92.45€. En effet, si vous placez 92.45€ à 4% sur un compte, ils vaudront 96.148 dans un an (92.45*(1+4%) et 100€ dans 2 ans (96.148*(1+4%).


Pour appliquer cette méthode, on a ainsi besoin d'une estimation des flux nets de trésorerie attendus dans les années à venir. On va ensuite les actualiser au taux de rentabilité attendu.

Dans le cas de la valorisation d'une start-up, les flux futurs sont d'abord estimés sur une période courte de 5 ans. Les prévisions de croissance sont toujours très incertaines pour les jeunes entreprises donc on ne va jamais au-delà de cette durée. Ensuite on extrapole ces prévisions pour établir une prévision infinie des cash-flows futurs. On utilise alors la même formule d'actualisation que précédemment adaptée à une durée illimitée pour trouver la valeur de l'ensemble des flux de trésorerie futurs au moment de la valorisation.

Avantages et inconvénients

Cette méthode force l'entrepreneur à établir des prévisions de croissance et ainsi à mettre à plat sa stratégie financière ce qui est très intéressant pour une jeune entreprise. De plus, une fois les prévisions établies, les calculs sont simples à effectuer.

Toutefois, l’inconvénient principal de cette méthode est de se reposer sur des flux futurs, par définition incertains. Elle convient ainsi davantage à des sociétés déjà bien établies qu’à des start-up instables et avec de fortes perspectives de croissance. Il y a en plus de cela le risque que l'entrepreneur fasse preuve d'un excès d'optimisme dans ses prévisions pour convaincre des investiseurs. Or un écart, même faible, dans les prévisions de croissance à l'infini peut donner une valorisation complétement faussée.


Exemple

Prenons le cas d'un entrepreneur qui se base sur un flux de trésorerie net annuel de 50 000€ et un taux de rentabilité attendu de 4%. Il estime sa croissance infini à 2,5% et valorise alors sa société à 3,3 millions d'euros (50000 / (4% - 2,5%)). Mais si sa croissance réelle à l'infini n'est que de 1,5% alors son entreprise aurait dû être valorisée à 2 millions d'euros. L'écart de revenus pour les investisseurs est alors considérable.

Prenons désormais un entrepreneur qui prévoit des flux nets de trésorerie de 50 000€ chaque année et dont le taux de rentabilité attendu est de 3%. Il valorise sa société à 1,66 millions d'euros. Mais si ses flux nets de trésorerie réels sont de 40 000€ annuels, alors son entreprise aurait dû être valorisée à 1,3 millions d'euros. Soit près de 400 000€ de différence de valorisation.


Valorisation par les multiples

Principe de base

Avec la méthode des multiples on valorise l'entreprise en la comparant à d'autres entreprises concurrentes présentant un fort degré de similitudes.

Les entreprises comparées doivent avoir en commun :

  • Leur secteur d’activité
  • Leur structure de financement et de taille
  • Leur modèle économique
  • Leurs perspectives de croissance

La précision de la méthode va dépendre exclusivement de l'échantillon d'entreprises choisi et donc des similitudes entre ces entreprises et l'entreprise à valoriser.

Dans un premier temps, le principe de cette méthode consiste à sélectionner un ensemble de critères sur lesquels vont se baser la comparaison (le chiffre d'affaires, le résultat net, le résultat d'exploitation,...). Pour chaque entreprise de l'échantillon on calcule ensuite une valeur d'entreprise (basée par exemple sur la cotation de l'entreprise si elle est en bourse). Puis on divise cette valeur par les différents critères retenus (CA, REX,...). On obtient alors un ensemble de ratios pour chaque entreprise retenue. Enfin, la moyenne de ces ratios permet d'établir la valorisation souhaitée.


Exemple

L'entreprise Renault avait un EBITDA de 3 816M d'euros en 2014 et une valeur d'entreprise de 24 370M d'euros.  Pour ce critère on a ainsi un ratio VE/EBITDA de 6.3. Peugeot, elle, avait un EBITDA de 3 435M d'euros et une valeur d'entreprise de 9 230M d'euros. On trouve alors un ratio de 2,6. La moyenne de ces deux ratios donne 4,45. Ainsi, si l'entreprise à valoriser a un EBITDA de 3 000M d'euros sa valeur sera de 3 000Mx4,45 = 13 350M d'euros.


 

Avantages et inconvénients

Cette méthode est moins complexe que la méthode DCF puisqu'il n'est pas nécessaire de faire de prévisions de flux de trésorerie.

Elle présente néanmoins l’inconvénient d’être dépendante de l’échantillon de sociétés choisi pour l’étude comparative. Or, non seulement il est difficile de trouver des sociétés présentant suffisamment de similitudes avec l’entreprise à valoriser (notamment en ce qui concerne l’activité, la taille et la croissance) mais il s’avère également compliqué de recueillir toutes les données utiles à cette étude, les entreprises ne fournissant pas nécessairement ce genre d’informations. Cette difficulté est d'autant plus prégnante dans le cas de start-up innovantes qui n'ont très souvent aucun concurrent réellement comparable.

 

Récapitulatif des deux méthodes

  DCF Multiples
Avantages

 

Force l'entrepreneur à se projeter dans l'avenir

Se base sur un principe de calcul fiable

Pas besoin de prévisions

Méthode assez simple à mettre en place

Inconvénients

Repose sur des flux futurs incertains

Difficulté d'estimer les cash-flow pour les jeunes entreprises

 

Difficulté de trouver un échantillon d'entreprises suffisamment similaires

Difficulté pour réunir les données financières des entreprises à comparer

 

 


CONCLUSION SUR LA VALORISATION

Ces deux méthodes sont utilisées dans des cas différents selon les données à disposition de l'entreprise, la méthode des DCF, plus complexe, est censée apporter un résultat plus fiable à condition que les prévisions des flux futurs soient précises et fidèles. Dans le cas d'une start-up, étant donné le manque d'informations comptables et les difficultés à établir des prévisions on fait généralement un mixte de ces deux méthodes pour avoir une valorisation plus précise.

Par ailleurs, au delà des données financières, les investisseurs peuvent valoriser plus ou moins une société en fonction de critères extra financier (position sur le marché, niche ou secteur concurrentiel, croissance du marché, concurrence d'autres fonds).  

N'oubliez pas qu'une valorisation reste une négociation. La plupart du temps, au delà de ces deux méthodes, on arrivera à la conclusion que le fonds prendra entre 20 et 30% de parts dans votre entreprise. En découlera alors la valorisation !

Catégorie: 
PARTAGER CET ARTICLE

Ajouter un commentaire