REJOIGNEZ MY BUSINESS PLAN SUR Facebook Twitterflux rss sur le business planLinkedin my business plan

La valorisation lors d’une levée de fonds

Valoriser son entreprise avant une levée de fonds est une étape délicate. Quelles méthodes sont à privilégier pour de jeunes entreprises ? Quel est le moment opportun pour en parler aux investisseurs ? Pauline Laigneau, la cofondatrice de Gemmyo répond à ces questions.


GemmyoLa Maison Gemmyo est la première marque de joaillerie à avoir choisi de se développer sur Internet. Sa devise, " Jeune & Joaillier ", reflète un état d'esprit. Celui d'une maison de joaillerie moderne et élégante, qui façonne un luxe à son image : joyeux, chaleureux, coloré. Notre ligne directrice est donc de proposer à chacun d’être le créateur de son bijou, et plus généralement une nouvelle marque de joaillerie accessible et inspirante pour les couples complices du 21ème siècle.

Quelle méthode avez-vous appliquée pour valoriser votre entreprise ?

Nous avons levé des fonds plusieurs fois.

  • A chaque fois, nous avons projeté nos comptes sur quelques années (typiquement, 3 ans), puis tenté de valoriser l’entreprise à cette date, en utilisant des entreprises comparables.
    • Trading multiples. Il s’agit de trouver des sociétés cotées, dont on peut donc calculer les multiples de valorisation sur chiffre d’affaires, sur marge brute ou sur résultat net, puis d’appliquer le coefficient trouvé à nos propres comptes projetés dans trois ans. Google Finance est votre ami.
    • Transaction multiples. On peut parfois trouver des sociétés non cotées, dont les éléments financiers sont rendus publics au moment d’une cession. Dans ce cas, on calcule les coefficients que je viens de décrire, et on les applique à nouveau à nos propres comptes projetés dans trois ans.
  • Ensuite, on décide d’un taux de retour annuel offert aux investisseurs en rémunération du risque qu’ils prennent, et on l’applique sur trois ans. De cette façon, on connaît par actualisation la valorisation de l’entreprise au moment de la levée de fonds.
  • Si la méthode reste la même, plus l’entreprise grandit, plus le taux de retour offert baisse (le risque diminue car l’entreprise mûrit), et plus les calculs ont du sens. Lors de la première levée de fonds, quand l’entreprise n’existe quasiment pas, que les comptes sont impossibles à projeter, et que le taux de retour offert est très élevé, on fait l’exercice mathématique, mais il est théorique et a peu de valeur. On termine surtout sur des chiffres un peu symboliques qui rendent tout le monde heureux et impatient à l’idée de travailler ensemble un moment.

Personne ne sait combien vaut votre actif. Il vaut ce que vous arrivez à lui faire valoir auprès de suffisamment d’investisseurs qui vous aiment. Ce sont des questions d’envie, de séduction, d’énergie, d’appétit au risque... Quand l’entreprise est très petite, les chiffres sont surtout là pour rassurer les gens sur le fait que vous savez manier Excel et que vous n’êtes pas complètement perdu. Si les formules Excel peuvent donner lieu à un froncement de sourcil, les résultats chiffrés sont finalement peu considérés.

Avez-vous parlé immédiatement de valorisation avec vos investisseurs ?

Disons que l’on n’en parle pas dans les trente premières secondes (ce serait probablement indélicat), mais certainement dès le premier rendez-vous. En effet, la valorisation est un élément clé de la transaction, c’est le prix à payer pour s’associer avec vous. Ne pas l’évoquer reviendrait à faire visiter un appartement à un prospect sans qu’il n’ait d’idée du prix: on risque de perdre un temps infini ! Faire visiter un bel hôtel particulier fait rêver tout le monde, mais attendre plusieurs rendez-vous pour comprendre que le prospect a 50 000 € de budget et que vous en attendez minimum 5 000 000 €, c’est dommage pour tout le monde. Le prospect est frustré, et le vendeur épuisé.

Faut-il négocier cette valorisation ?

La négociation est parfois inévitable, notamment avec un fonds d’investissement, qui est rompu à l’exercice et dont c’est le métier. En revanche, avec des investisseurs individuels qui vont choisir le projet par envie, il est plus simple d’enlever la négociation de l’équation et de fixer la variable. Il y a un certain nombre de détails à régler (pacte d’actionnaires, délai de réception des virements, bouclage juridique) sur lesquels il vaut mieux les cadrer. Autant éviter d’ouvrir la boîte de Pandore de la valorisation dans ces moments-là, et gérer l’incertitude ailleurs.

Quelle est selon vous la méthode à privilégier ?

La meilleure méthode reste celle de s’entendre avec un investisseur de référence, un lead, qui apporte une somme significative à une valorisation qui vous satisfait. Derrière, tout le reste de la levée de fonds se fait mécaniquement et sans discussion possible à la même valorisation. De cette façon, cela permet d’accélérer le processus, d’éliminer les investisseurs potentiels qui injectent de la complexité, en demandant à négocier la valorisation, à changer le plan, etc. Vous pouvez ainsi vous rendre implacable : « un tel a accepté un investissement à telle valorisation, donc vous êtes les bienvenus à ce prix, qui n’est plus discutable. Désolé si cela n’est pas dans vos moyens. »

Est-ce que les clauses du pacte d’actionnaires influencent la valorisation ?

Non, il faut éviter de créer de nouvelles boucles de complexité entre le Pacte d’Actionnaires et la valorisation. Il faut choisir une valorisation, et des principes de Pacte standard et se serrer la main. Derrière, les détails du Pacte ne doivent pas venir rejaillir sur la valorisation entendue, sinon, vous rouvrez encore la boîte de Pandore.

Pour finir, les 3 conseils de Gemmyo pour valoriser son entreprise

  • Lever le moins d’argent possible et se concentrer sur le travail lui-même. La levée de fonds et l’exercice de valorisation sont des distractions, des corvées nécessaires quand on n’a pas de capital et doivent rester considérées comme telles. Il ne faut pas céder à l’ambiance de coolitude disruptive qui fait croire à toute une génération qu’une levée de fonds est un succès. Il s’agit d’un aveu de faiblesse : celui que vous n’avez pas assez de capital, et / ou une idée pas assez génératrice de trésorerie pour vivre et posséder votre aventure à 100%. Vous venez d’être obligé d’abandonner des actions de l’entreprise parce que vous n’avez pas le choix. C’est un mal nécessaire, pas un moment d’ivresse.
  • Par conséquent, le meilleur moyen de valoriser l’entreprise est de passer le moins de temps possible sur la valorisation. Les bons investisseurs savent qu’au début d’une histoire d’entreprise, c’est un exercice artistique qui prend un temps qui devrait être consacré à la croissance et à la gestion. Les bons investisseurs, donc, vous challengent un minimum sur la valorisation pour vérifier que vous êtes un adulte bien constitué, mais vous laissent tranquille dès lors que vous annoncez que la valorisation est peu ou pas discutable. Ils prennent leur décision d’investir ou de passer l’opportunité à partir d’une évaluation des femmes et hommes et du projet qu’ils portent. Pas sur les calculs de valorisation.
  • Construisez votre confiance en vous – avec des livres, des rencontres de gens que vous admirez, des coachs, des psys, ce que vous voulez… cela vous permettra de mieux vous valoriser vous-même, et donc de mieux valoriser votre entreprise. Vous serez plus rapide dans vos décisions d’accepter une négociation, ou de la refuser. De prendre un risque sur un employé à potentiel, de licencier un autre qui pourrit l’ambiance, ou de vous séparer d’un associé qui ne contribue pas assez au projet.

Ajouter un commentaire