Erreur numéro 1 de l'entrepreneur : Mal répartir son capital

Publie le 04 Novembre 2013 17:24

Olivier Rebaud, entrepreneur

Nous entamons aujourd'hui notre série d'articles sur les 200 erreurs à éviter en tant qu'entrepreneur. Il s'agit d'un projet ambitieux de recueil des erreurs commises par des entrepreneurs. L'objectif: apprendre des erreurs des autres pour ne pas les réitérer ! Aujourdhui, nous acceuillons Olivier Rebaud qui a monté son entreprise, Bio4gas, dès la sortie de l'ESSEC. Il nous explique ici une erreur commise dès la création : une mauvaise association et une répartitition du capital inadéquate. Merci à Olivier pour sa franchise et ce retour d'expérience très précieux !

Un jeune entrepreneur dans l'agro business

Bio4Gas commercialise et installe des unités de méthanisation agricole en France. Il s’agit d’un équipement qui permet de produire de l’énergie (électricité et thermie) à partir du biogaz extrait des effluents agricoles (lisier, fumier, déchets de céréales...)

J'ai créé ma société pour 3 raisons :

  • Volonté d’être responsable de ses propres choix.
  • Volonté de faire quelque chose de différent.
  • Volonté de faire de l’argent.

Ma principale erreur: la répartition du capital initial

A) une répartition trop égalitaire

S'il y a une erreur que j'ai pu faire et qui peut servir aux entrepreneurs qui nous lisent : c'est de faire attention à la répartition du capital initial. En effet, je n'ai pas fait suffisament attention à cela lorsque j'ai créé Bio4gas.

Au démarrage de la société (Juin 2011), je me suis associé avec un ami et un ingénieur censé apporter une compétence technique et un accès au marché (il gère un bureau d’étude spécialisé dans l’accompagnement des porteurs de projets de méthanisation) :

  • Chacun de nous avait 30%,
  • Les propriétaires de la technonologie gardant les 10% restant.

B) L'absence de pacte d'actionnaires

Cette association a été « mal faite » : Sans pacte d'actionnaires, sans véritable justification. L’ami avec qui j’avais créé cette société, et une autre, avaient les mêmes compétences que moi, nous nous sommes rapidement « engueulés » (après un an de travail en commun). L’ingénieur apportait une compétence qui n’était finalement pas stratégique et comptait sur nous pour la commercialisation (alors que nous attendions qu’il nous apporte la ou les premières références).

Les conséquences de cette erreur : Une négociation de 3 mois pour scinder en deux la société 

Durant l’été 2012, j’ai expliqué à l’ami avec qui j’avais créé deux sociétés que je voulais changer de mode de fonctionnement (nous avions les mêmes participations et rôle théorique dans chacune des deux sociétés ; même si opérationnellement, nous nous occupions chacun d’une société). Il n’a pas souhaité le faire. J’ai menacé de ne plus travailler dans les sociétés en gardant mes parts pour finalement l’obliger à accepter un échange de parts dans les deux sociétés : chacun a récupéré les parts de l’autre dans une société.

Cette « négociation » a duré trois mois, pendant lesquels l’ambiance de travail était détestable. Un projet en cours a pâti de ces problèmes et a pris du retard (il était géré par mon associé de l’époque).

Finalement, une fois l’échange fait, tout est rentré dans l’ordre. J’ai eu énormément de chance que nous ayons créé deux société ensemble. Sinon, je n’aurai eu que peu de contrepartie à proposer pour régler notre problème….

Avoir le courage de se poser les bonnes questions dès le début

Cette erreur aurait pu être évitée si nous avions eu le courage de poser les bonnes questions au bon moment. La solution la plus rationnelle aurait été de ne pas nous associer avec mon pote car nous ne nous apportions rien mutuellement (même profil, même formation). Ouvrir la discussion sur le sujet du capital aurait surement conduit à cette conclusion. Nous avons préféré laisser ce sujet sous silence plutôt que de risquer d’arriver à cette conclusion.

Néanmoins, même si cela a été une erreur, je ne suis pas sûr que j’aurai créé cette société seul. Je ne regrette donc pas de l’avoir faite, mais je suis content d’avoir pu la rattraper. Beaucoup de gens, autour de nous, nous ont expliqué que s’associer à 2 sans pacte d'associés était de la folie. Mais nous avons appris en faisant ; et je ne suis pas certain qu’il y ait de meilleur moyen de s’approprier les choses….

Nos senior advisors nous ont beaucoup aidé 

Toute tierce personne est bonne pour aider dans ce genre de conflit: elle permet de rationaliser la discussion et de la sortir du niveau “émotionnel”.
En l’occurrence, j’ai été aidé par mes associés, propriétaires de 10% du capital, plus sénior et expérimentés qui m’ont aidé à faire passer le message que la meilleure solution était de nous séparer.

La leçon à retenir : Un bon clash avant la création est préférable au silence

Cette erreur m’a montré qu’il ne fallait surtout pas passer sous silence les sujets épineux. Mieux vaut un bon clash avant la création que garder un sujet potentiel dangeureux non réglé.. Cette règle vaut pour tous les nouveaux contrats passés par la société. Il est important pour tout partenariat de prévoir tous les problèmes possibles, et d’y répondre avant de signer un contrat. Limiter l’incertitude me semble être une clé pour réussir à conduire son entreprise loin.

N’ayez pas peur de faire des erreurs, mais ayez le courage de les admettre et d’y remédier.

Et maintenant ? 

A l’été 2013, j’ai résolu le problème du deuxième associé avec qui je n’aurai pas dû m’associer… J’ai récupéré ses parts pour terminer le « nettoyage » du capital. Je suis maintenant dans une situation plus saine pour continuer le développement de la société.
La société poursuit son démarrage avec une quinzaine de projets en développement. Le CA 2013 devrait tourner autour de 500K€ pour un résultat à l’équilibre (VS 10K€ de CA et -60k€ de résultat en 2012) avec une perspective de 2,5m€ de CA pour 2014 (résultat espéré autour de 10%).

Ta citation préférée en tant qu'entrepreneur ? 

Investments are like buses, if you miss one, take the next one” 

Il s'agit d'une citation à appliquer aux projets et aux potentiels partenariats. Pour éviter d’aller trop vite par peur de se confronter aux “vrais” problèmes et risques.

Vous avez aimé cette interview ?  N'hésitez pas à commenter et donner votre avis ! Et si vous souhaitez témoigner, contactez nous !

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