Du cours de business plan social à la réalité

Publie le 21 Octobre 2016 13:58

 

Tout a commencé avec le cours de business plan social de l’ESSEC, au cours duquel trois étudiants issus de la Chaire Entrepreneuriat Social ont souhaité participer à la formalisation du projet proposé par Jean-Luc Agboyibo, un passionné d’Afrique et de sport. L’idée de base était de trouver un moyen de développer le sport au Togo, afin qu’il contribue à la socialisation des jeunes togolais, dans un contexte où les structures de socialisation traditionnelles ont tendance à s’affaiblir.  C'est ainsi que les étudiants ont planché sur le business plan social de la structure pour finalement lancer LYSD. L'équipe de LYSD nous raconte ici la valeur ajoutée d'un business plan social dans la structuration d'un projet. 

LYSD et son business plan social

 

 

 

Un projet bien ficelé

Au fur et à mesure du cours de business plan social, notre projet s’est concrétisé, et aujourd’hui LYSD peut se résumer par le schéma suivant : 

 

Hugo Hadet et Marianne Klarsfeld, deux des étudiants de l’ESSEC ayant travaillé sur le business plan social, ont particulièrement adhéré au projet et ont rejoint Jean-Luc afin de co-fonder LYSD à l’automne 2012. Jean-Luc est ainsi le président de l’association, Marianne en est la trésorière, et Hugo secrétaire général.

Un cours de business plan social : comprendre la méthodologie et développer l'esprit d'entreprendre

Le module "business plan social" se déroule chaque année entre le mois de mars et le mois de juin. Durant cette période, 5 groupes de 4 étudiants de l’ESSEC sont mobilisés pour produire les business plans de 5 "entreprises sociales". Ce module a la structure suivante :

  • Les étudiants apprennent les grands principes de formalisation d’un business plan social 
  • Ils mettent en application ces enseignements en rédigeant le business plan d’un projet ou d’une entreprise sociale réelle (soit qu’ils portent eux-mêmes, soit porté par un partenaire extérieur)
  • Le produit final de ce module consiste en la rédaction d’un document business plan social et sa présentation orale devant un jury de professionnels

Les objectifs pédagogiques de ce module permettent :

  • D’acquérir la méthodologie d’élaboration d’un business plan dans le contexte précis de projets à vocation sociale
  • De comprendre les enjeux spécifiques de la stratégie et du management des projets à vocation sociale
  • De développer un esprit d’entreprendre et les compétences entrepreneuriales

Le business plan social pour convaincre les partenaires 

Le business plan social est un outil précieux car il permet dans un premier temps d’affiner une idée en projet concret. Aussi triviale cette précision soit-elle, ce point est vraiment important. Dans notre cas, notre projet a énormément évolué en trois mois, en fonction de notre étude de marché, de la cartographie de nos concurrents et parties prenantes etc…

Une fois les contours du projet suffisamment précis, le business plan social permet de définir la stratégie et les moyens à mettre en œuvre pour passer d’une idée à la réalisation d’un projet. De plus, il est utile pour convaincre les partenaires potentiels du projet de sa pertinence, de sa faisabilité opérationnelle et de sa viabilité.
En plus d’un business plan classique, un business plan social permet de tenir compte des impacts sociaux attendus, en définissant des indicateurs pour la mesure de ces impacts, et dans l’idéal, en les monétisant. Ceci permet notamment de convaincre de l’efficacité sociale du projet.

 

Rédiger un business plan social permet de faire évoluer le projet

Un point important est sans doute de savoir faire évoluer son idée initiale, car on s’accroche facilement à un projet qui nous paraît évident, et qui en fait… ne l’est pas tant que ça. Il faut donc savoir se remettre en question, et adapter notre idée en fonction des études menées tout au long de l’élaboration du business plan social.

Nous étions initialement partis de l’idée de l’organisation d’événements autour du basket-ball pour les jeunes togolais. Le projet s’appelait alors Lomé Youth Basket-ball Development (LYBD). Cette idée était évidemment très restrictive, et ne nous offrait que peu d’options de développement. Nous avons rapidement élargi notre vision, afin de ne pas se positionner dans l’événementiel mais davantage comme une structure de soutien et de conseil aux porteurs de projets sportifs (et pas uniquement liés au basket-ball, car après tout, tous les sports sont vecteurs de cohésion sociale !)  à finalité sociale. Le projet s’est alors appelé Lomé Youth Sport Development (LYSD). Finalement, étant donné que nous sommes convaincus que ce projet a un grand potentiel, et qu’il peut être mis en place en de nombreux lieux, le projet est devenu Leading Youth Sport Development (toujours LYSD, on ne va pas encore changer de nom !).
Globalement, nous avons ainsi énormément élargi nos possibilités d’action, et l’avenir semble nous donner raison !

 

Conseils pour bien rédiger son business plan social

Même si l’on a l’impression que l’on met son projet dans des cases lors de la construction d'un business plan social, qui se base bien sûr sur un modèle (que l’on peut trouver dans le livre « L'entreprise sociale (aussi) a besoin d'un business plan.), passer par là permet de franchir certaines étapes et de poser à plat ses idées pour les confronter.

Point important, les premières étapes – en particulier la charte de l’organisation qui comprend notamment la définition du besoin social auquel elle souhaite répondre, ses valeurs et ses objectifs - sont fondamentales. Elles doivent être bien réfléchies et surtout ne pas rester figées ! C’est en construisant la suite de son business plan social que l’on se rend compte que certains objectifs seront réalisables ou totalement utopiques.

 

Le business model, une partie clé pour le financement du projet

Notre business model repose sur deux acteurs différenciés :
  • Les porteurs de projets sportifs (qu’ils soient des individus, des instances sportives, des associations, etc…) d’un côté
  • Les sponsors ou partenaires potentiels d’un autre.
Nos coûts de structures sont minimes puisque les membres de l’association sont bénévoles et que nous n’avons pas d’infrastructures à charge. Les seuls frais sont ceux engagés lors d’actions auprès de porteurs de projets (par exemple des déplacements sur le terrain, des appels téléphoniques à l’étranger, éventuellement du transport de matériel…)

Ces dépenses sont couvertes par un prélèvement sur les financements levés (entre 5 et 15%) dans le cadre de la mise en place des projets dans le cas où nous nous occupons de cette phase. Dans ce business model, LYSD conserve la gestion financière des projets, ce qui rassure les financeurs et partenaires potentiels, notamment lorsque l’on intervient dans des pays qui ne sont pas reconnus pour leur transparence, et permet au porteur de projet de multiplier ainsi les sources potentielles de support.
 

La mesure de l'impact social par des questionnaires

Notre idée est de mettre en place des études autour des projets que nous soutenons. Ces études se feront le plus souvent sous forme de questionnaires. Ces études ont deux objectifs :
  • Elles nous permettront de mesurer la satisfaction des participants aux événements à court terme, et, en espérant que les projets que nous soutenons se pérennisent, de voir en quoi ces projets ont permis d’améliorer certains éléments de vie des participants.
  • Par ailleurs, les données seront à la disposition de nos partenaires. A long terme, nous tenterons de les faire remonter pour contribuer au développement du sport en Afrique.

Le business plan social est utile mais la capacité d'adaptation compte plus que tout

Un de nos porteurs de projet, la ligue de basket-ball de Lomé, s’est finalement retirée d’un de nos événements, qui était en l’occurrence notre premier événement, à savoir l’organisation d’un camp de basket-ball. Nous avons dû réagir très rapidement pour pallier cette défection. Nous travaillons aujourd’hui sur le camp avec la fédération de basket-ball, le ministère des sports et le ministère des enseignements primaires et secondaires (l’état togolais en quelque sorte). Dans notre business plan social, nous n’avions pas tenu compte de ce type de revirement... mais la pratique nous apprend beaucoup !

Le business plan social nous a été très utile, même s’il est vrai que rien ne remplacera la réalité du terrain. Notre première mission au Togo s’annonce très enrichissante, un vrai choc des cultures.
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